Il y a des villes qui se visitent, et d'autres qui se ressentent.
Budapest, capitale hongroise au charme insaisissable, fait partie de celles qui vous happent dès le premier regard. Cette fois, ce n'est pas moi qui ai eu la chance d'arpenter ses rues, mais ma fille Doriane. Grâce à ses photos, c'est un peu comme si j'avais voyagé à ses côtés.
Cette ville est née de l'union de Buda perchée sur ses collines et de Pest, vibrante et animée, séparées par le majestueux Danube. Les clichés de ma fille montrent cette dualité : d'un côté, le panorama depuis le Bastion ds pêcheurs, baigné d'une très belle lumière ; de l'autre, l'effervescence des rues commerçantes et des terrasses où l'on entend parler toutes les langues.
Parmi les photos que Doriane m'a envoyées, il y en a une qui m'a particulièrement touché : une rangée de chaussures, posées sur le quai, face au fleuve. Elles semblent abandonnées là depuis des décennies, comme figées dans le temps. Ce mémorial, sobre et poignant, rend hommage aux centaines de juifs hongrois exécutés sur ces rives pendant la Seconde Guerre mondiale. En 1944, ils furent contraints d'ôter leurs chaussures avant d'être abattus et que leurs corps ne tombent dans le Danube. L’œuvre a été créée en 2005 par le sculpteur Gyula Pauer et le réalisateur Can Togay.
En découvrant ses photos, j'ai été frappé par la richesse architecturale de la ville. Le Parlement Hongrois, véritable dentelle de pierre au bord du fleuve, paraît presque irréel. C'est un bâtiment grandiose avec ses tours élancées et son immense coupole centrale. Il ressemble presque à un château sorti d'un conte.
En flânant dans ce quartier, Doriane est tombée nez à nez... avec Ronald Reagan. Oui, l'ancien président des États-Unis, grandeur nature, sculpté en bronze, avançant d'un pas déterminé. Cette statue, inaugurée en 2011, sur la place de la Liberté, rend hommage au rôle que Reagan a joué dans la fin de la Guerre froide et dans l'effondrement du régime communiste en Europe de l'est. Pour la Hongrie, c'est un symbole envers celui qui, par sa politique, a contribué à l'ouverture du pays à la démocratie.
Ce qui frappe, c'est cette diversité architecturale : palais baroques, façades art nouveau... Chaque rue semble raconter un pan différent de l'histoire hongroise. On lève les yeux, et ce sont des balcons en fer forgé délicatement ouvragés ; on baisse le regard, et ce sont des pavés qui ont vu défiler des siècles de pas.
Une photo m'a fait sourire : un train jaune, traversant un pont vert élégant. C'est le Pont de la Liberté, construit entre 1894 et 1896 pour l'exposition millénaire. Sa structure métallique, ornée de petits balcons et surmontée de statues de Turul (oiseau mythique hongrois), lui donne une allure à la fois industrielle et poétique.
Le Grand Marché Couvert est un festival de couleurs et de saveurs.
Il a été inauguré en 1897. Le bâtiment lui-même est un chef-d’œuvre : une structure métallique, des briques polychromes, et un toit orné de tuiles vernissées aux motifs géométriques, fabriquées par la célèbre céramique Zsolnay.
A l'intérieur, la lumière filtre par de grandes verrières, illuminant les produits comme dans un décor de film.
On y trouve de tout : légumes frais, charcuteries typiques, brioches en spirale caramélisées et des souvenirs artisanaux.
Certaines images semblent baignés d'or et de lumière : un intérieur de café majestueux, coiffé de hautes voûtes en verre coloré. Les verrières laissent passer un flot de lumière naturelle qui se diffuse sur les tables en bois poli et les fauteuils confortables.
Ce décor rappelle l'âge d'or de Budapest, à la fin du XIXème siècle, lorsque la ville s'inspirait des grands cafés parisiens et viennois, mais en y ajoutant une touche hongroise.
Sur l'une des tables, une boisson orange éclatante donne envie d'être bu. Peut-être un cocktail pétillant ? Cette photo raconte une pause bien méritée après des heures de promenade, où l'on savoure autant la boisson que l'instant présent.
Quand le soleil se couche, Budapest revêt une parure de lumière.
Les monuments se parent d'un éclat doré, se reflétant dans les eaux sombres du Danube comme dans un miroir en mouvement.
Les bateaux-mouches glissent doucement, leurs lumières se mêlant à celles de la ville.