Il y a des rues qui racontent une histoire. Et puis il y a ce boulevard, immense et vivant, qui en raconte des dizaines à la fois sur ses murs.
Le boulevard Vincent Auriol, qui file entre la place d'Italie et la Seine, dans le 13ème arrondissement de Paris, est bien plus qu'un axe de circulation. C'est devenue, au fil des années, une vraie galerie de Street Art, à ciel ouvert. On peut y voir des fresques géantes.
Ce que j'aime ici, c'est que l'Art fait partie du quotidien. On le retrouve sur les balcons, sur les façades des immeubles, sur les lignes du métro aérien...
J'y retourne souvent, pour voir si quelque chose à changé, si une nouvelle fresque est apparue, si un détail m'avait échappé.
Puis direction vers le Spot 13...
Je ne sais pas ce qui m'a le plus impressionnée en montant l'escalier : le lieu, la richesse des œuvres ? On entre dans un autre monde.
Je connaissais déjà un peu cet endroit. Les murs, le plafond, les marches, tout est recouvert de peinture. On peut voir les couches qui se superposent, des graffs, des collages, des slogans, des visages.
La fresque des singes fait partie des œuvres les plus marquantes du Street Art du 13ème.
Le premier réflexe, c'est l'étonnement. Pourquoi des singes ? Pouquoi ici ? Leurs regards nous fixent. Ils sont graves, présents.
Cette fresque est l’œuvre de ROA, un artiste belge reconnu pour ses représentations en noir et blanc d'animaux sauvages, souvent peints à l'échelle monumentale. Ses oeuvres questionnent le rapport entre l'animal et l'homme, entre nature et urbanité.
Je suis restée longtemps, à les regarder, comme si c'était eux qui m’observaient. Il y a quelque chose de très humain dans leurs visages, trop humain, peut-être.
Puis on arrive sous le périph, un endroit qu'on ne trouve pas tout de suite. Il faut le deviner, chercher un peu.
C'est un espace brut, offert à la création libre, un lieu libre, sauvage, presque anarchique. C'est un immense terrain d'expression, où des artistes venus de tous horizons viennent poser leur couleurs, leurs colères, leurs espoirs.
On y croise de tout, des lettrages enflammés, des portraits poignants, des collages grinçants, des monstres, des slogans, des éclats intimes ou de politique. Les styles s'entrechoquent, se recouvrent, cohabitent. Rien n'est permanent. Ici, l'art vit et meurt sur place, remplacé sans cesse par une nouvelle vision.
Et pourtant, ce chaos a quelque chose de poétique, c'est un lieu de passage devenu lieu de création. Le béton devient toile. Le gris s'efface sous les bleus électriques, les rouges vifs... La beauté surgit là où l'on s'attendait à du vide. Et que, sous les structures les plus froides, les plus fonctionnelles, l'humain trouve toujours une façon d'exister.